Auto-édités, Coup de coeur, psychologique

Mille morts – Olivier Bal

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Ma première réflexion en refermant ce livre a été de me demander pourquoi l’autoédition. Non pas que je veuille remettre en cause  les qualités littéraires de certaines publications auto-éditées, mais vu le niveau de ce livre, je suis prête à parier, comme je l’avais fait pour un autre auteur qui s’est vu proposer récemment un contrat dans une grosse maison d’édition (appelez-moi Mme Irma 🙂 ), qu’Olivier Bal ne restera pas longtemps dans ce mode d’édition et qu’il signera à plus ou moins court terme avec une maison d’édition.

Encore une fois, je vous invite à sortir des sentiers battus et à faire confiance à la plume d’auteurs émergents (et à moi aussi par la même occasion 🙂 ) parce que sans nous, sans notre soutien et notre bouche à oreille, ils ne pourront pas continuer.

Je vais donc vous parler aujourd’hui de Mille morts, d’Olivier Bal. Il s’agit d’un des deux meilleurs thrillers auto-édités que j’ai pu lire depuis que j’ai découvert ce mode d’édition il y a quelques mois.

L’histoire

Mille morts est l’histoire d’une vengeance, celle qui animera la vie d’un homme, Paul, jusqu’à en perdre la raison. Paul est commercial, il mène une vie familiale tranquille avec Alice son épouse, et Danny son fils, jusqu’à ce que sa femme soit retrouvée morte un soir dans une chambre d’hôtel. Que faisait-elle dans cette chambre alors qu’elle était censée être à son travail? Pourquoi l’a-t-on tuée alors qu’elle n’avait semble-t-il aucun ennemi et qu’elle était appréciée de tous? Rapidement, l’enquête est orientée vers un homme, qui se rend régulièrement avec elle dans cette chambre… Il s’appelle Frank, et la police découvrira rapidement quelle sorte de relation il entretenait avec la victime. Frank a été vu en train de quitter précipitamment les lieux le jour du meurtre, et il deviendra rapidement le suspect n°1. L’amant ne cessera de clamer son innocence, en disant qu’il ne s’agissait que d’un accident. Mais est-ce si simple que ça? Pas pour Paul qui décide qu’une arrestation et un jugement seront des peines bien trop légères par rapport à la souffrance qu’il endure d’avoir perdu son épouse . Sa raison de (sur)vivre n’aura alors qu’un seul but, celui de pourrir la vie de l’homme qui lui a enlevé celle qui était toute sa vie. La soif de vengeance mènera alors cet homme banal au confins de la folie, bousculant tous ses principes qui faisaient de lui un homme banal et bien sous tout rapport.

Coup de griffe à l’âme

Cela fait quelques heures que j’ai refermé Mille Morts et je ressens toujours une sorte de grande émotion tant ce livre a provoqué en moi des sentiments violents.

Violents parce que ça fait mal de vivre, en même temps que les personnages (et grâce au procédé du narrateur multiple que l’auteur a mis en place), la perte d’un proche, de ressentir en même temps qu’eux le vide laissé par la personne qui s’en est allée parce que quelqu’un nous l’a arraché.

Violents parce que l’auteur a réussi à faire naître en moi un questionnement, en m’amenant à me demander comment moi, je réussirais à faire le deuil de l’assassinat de la personne que j’aime le plus au monde. Ferais-je confiance à la justice? ou bien la douleur provoquée par cette déchirure me contraindrait à me lancer sur la voie de la vengeance sourde et froide de ceux qui souffrent comme des bêtes?

Certaines scènes ont été très difficiles à lire pour moi, je n’en dirai pas plus ici pour ne pas vous en dévoiler trop. Je supporte beaucoup plus facilement dans mes lectures des scènes de tortures ou de meurtres, éprouvant même une certaine jouissance sadique (il faut bien l’avouer !), que des scènes de souffrances morales surtout quand c’est un sujet dans lequel je m’identifie. Avec Mille morts, on est dans le thriller psychologique, celui qui est le plus violent pour le lecteur, parce qu’il réveille en nous des instincts et ressentiments profonds, parce qu’il nous amène à nous questionner aussi, en touchant nos points les plus sensibles.

 

« Tu es un monstre Paul.

– Je suis ce que tu as fait de moi. »

 

Je n’ai pas grand chose à dire sur l’écriture, parce que l’auteur ne m’a pas laissée le temps d’y réfléchir à vrai dire. Il m’a attrapée dès les premières pages, dès le premier chapitre qui est violent et un peu déroutant. Il m’a ensuite baladée, sur une période de 11 ans, alternant diverses années et effectuant des aller-retours dans le temps, histoire de brouiller un peu plus les pistes, histoire aussi d’éclaircir, parfois, des zones d’ombre. Il m’a baladée à tel point que je n’ai même pas eu le temps de me poser la question sur son style et rythme d’écriture. Avec le recul, je dirais que le rythme est diabolique, les chapitres sont courts et le fait que nous alternons différentes périodes donne une impression de rapidité. L’écriture est soignée, sans longueurs inutiles ce qui en fait un réel page-turner.

La traque, présente dans tout le livre, est également effrénée, l’accent est mis sur les moments où Paul refait surface dans la vie de Frank pour briser l’équilibre fragile qu’il a réussi à reconstituer. C’est à chaque fois une nouvelle mort pour lui, que nous vivons à travers lui et parce qu’il devient narrateur à son tour, et qui fait que ce personnage nous émeut et fait naître en nous un sentiment d’empathie.

L’empathie est le sentiment prédominant qui ne m’a pas quitté durant toute ma lecture. Sauf que cette empathie est passée de l’un à l’autre tout au long des 370 pages, on ne sait plus finalement qui est le plus atroce des deux. Serait-ce Frank qui a brisé cette famille? Ou Paul qui perd complètement pied avec la réalité, allant jusqu’à exploiter la noirceur la plus sombre de l’âme humaine uniquement par désir de vengeance? On trouve aux deux personnages des circonstances atténuantes car chacun a eu des cassures et drames dans sa vie. Ces événements dramatiques les ont amenés à devenir ce qu’ils sont aujourd’hui.

 

Le mot de la fin

Ma sensibilité en a pris un sacré coup, parce que oui, j’ai une sensibilité malgré toutes les horreurs que je peux lire… Ma lecture a été éprouvante et pourtant une fois commencée je n’ai pas réussi à m’en détacher. Je n’ai d’ailleurs pas pu commencer un autre livre pour l’instant, parce que ma tête est encore trop imprégnée de cette histoire.

Je remercie Olivier Bal pour m’avoir accordé sa confiance, et pour sa gentillesse durant nos échanges après lecture.

 

 

 

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5 thoughts on “Mille morts – Olivier Bal”

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