Auto-édités, Fabrice Brunon, Français, Non classé, psychologique

Rivales – Fabrice Brunon

img_20160830_152912.jpg

L’été 2016 aura été l’occasion pour moi de découvrir de nombreux auteurs auto-édités de polars ou de thrillers. Et aujourd’hui, ce n’est pas une chronique que je vous propose, mais deux pour le même livre! En effet, ma copinaute Florence Thrillers (ndlr : ma sœur cosmique) avec qui j’ai crée le groupe Thrillers – Serial Lecteurs il y  5 mois, a lu ce livre quasiment en même temps que moi, et j’ai eu envie de lui laisser la parole, elle qui n’a pas encore pris la décision de créer son blog.

Aujourd’hui, nous allons donc  vous présenter le premier thriller de Fabrice Brunon, Rivales.

 

Chronique d’Anaïs

 

Rivales, c’est l’histoire de…

Lénore est une jeune femme d’une trentaine d’année, mariée, mère d’un enfant. Ce qui différencie cette femme des autres personnes de son âge, c’est son lourd passé psychologique. A la suite d’un grave accident de voiture survenu lorsqu’elle était enfant et où elle et sa sœur Annabelle ont vu leur mère mourir, après avoir agonisé de longues heures dans leur voiture accidentée, Lénore a développé d’importants troubles psychiques qui l’ont menée à être suivie de manière régulière par un psychiatre, le Dr Briggs. Le livre s’ouvre sur une crise d’angoisse, celle de Lénore qui ne voit pas son fils et son mari rentrer à la maison. Les heures passent, Annabelle viendra visiter sa sœur en proie à une tempête intérieure d’angoisses. Commence alors de nombreux va-et-vient dans le passé, en 1993 lorsqu’elles étaient enfants, et en 2015 au moment de la disparition de ses deux êtres chers.

 

1993-2015 : à chaque période son traumatisme

En 1993, on assiste à la mort de sa mère et à la perte de son chien Mozart, en 2015 nous suivons sa réaction face à la disparition de son mari et de son fils. Chaque drame est l’élément déclencheur d’une nouvelle crise, et l’auteur déroule l’intrigue autour de ces drames, quelques jours avant, quelques jours après, et le jour J. Lénore n’aura de cesse de chercher si ce qu’elle vit est réel, ou s’il s’agit plutôt du fruit de sa folie, grâce à une technique apprise par son psychiatre. Le fait que l’auteur nous emmène dans deux périodes différentes de la vie de cette femme m’a plu, mais heureusement qu’il nous a indiqués les dates en début de chaque chapitre avec la chronologie exacte (Jour J, 20 ans avec le Jour J ou Jour J+1 par exemple) car cela aurait pu être un peu compliqué à suivre. Nous effectuons donc, au gré de la plume de l’auteur, des allées et venues entre le passé et notre époque contemporaine.

Le fond…

Moi qui apprécie les thrillers psychologiques qui malmènent mes neurones, j’ai été servie! Le suivi psychiatrique de Lénore est largement détaillé, nous assistons à plusieurs séances qui nous permettent de découvrir les méandres psychologiques de cette jeune adolescente traumatisée par la violente perte de sa mère.  Nous découvrons un être fragile, qui a du mal à faire la différence entre le monde qu’elle s’est crée et la réalité. Le lecteur devient alors soupçonneux, partagé par plusieurs sentiments : on se demande, nous, (ndlr : lecteurs avisés de thrillers psychologiques à qui on ne l’a fait pas), si elle n’est pas la victime d’une personne manipulatrice, qui voudrait la faire basculer de son équilibre psychologique fragile, pour la faire  sombrer dans la folie. Et puis, au fur et à mesure de notre lecture, on tend à se demander si finalement, ce n’est pas elle la coupable. Ce sentiment ne m’a pas lâché durant toute ma lecture, j’ai essayé de démêler le vrai du faux jusqu’à la solution finale et le « je l’savais!« . Et oui, je le savais vu que je suis passée par toutes les hypothèses, donc forcément à un moment, j’avais la bonne ah ah ! J’ai d’ailleurs, à l’inverse de ma binôme Florence, été séduite par le dénouement final. Je ne me suis clairement pas ennuyée durant ma lecture et l’histoire m’a semblée crédible.

Mes émotions de lectrice ont été mises à rude épreuve, j’ai ressenti de l’angoisse, je me suis par moment sentie claustrophobe de cette ambiance étouffante, impuissante face à la détresse de la jeune femme… Fabrice a réussi le tour de force, alors que c’est son premier livre, de nous faire vivre son histoire de manière active, on n’est pas un lecteur passif attendant que la tornade passe, non… On enquête, on décortique, on émet des hypothèses, on se gratte la tête en regardant en l’air en se demandant si l’auteur se joue encore de nous.

Et la forme…

Si j’ai été séduite par le fond, l’histoire, j’ai été un peu perturbée par la forme à certains moments de ma lecture. Le fait que l’auteur utilise de manière très régulière des adjectifs à la suite de noms communs m’a un peu gênée au bout de quelques pages, car j’ai ressenti une certaine lourdeur dans le récit. Qu’on soit clair, je ne suis pas fan des écrits basiques et peu développés, mais à l’inverse lorsqu’il y a trop d’adjectifs, parfois plusieurs dans une même phrase, cela manque naturel, l’effet « too much » se fait ressentir et on n’est parfois pas loin du pléonasme… Mis à part ce détail, la lecture est plaisante, les chapitres sont courts et les alternance entre les deux périodes sont régulières, ce qui donne un rythme nerveux à l’histoire.

Le mot de la fin

Ce livre court, 158 pages en format Epub, est un livre que je recommande pour les amateurs de thrillers psychologiques. Merci à Fabrice pour cet agréable moment de triturage de neurones!

 

Chronique de Florence

 

Ambiance oppressante durant les 100 premières pages. On plonge dans la folie de Lénore de son 13è à son 35è anniversaire. Le récit est ainsi fait (une alternance des deux), chez le psy et chez elle. On se pose des questions, on se triture l’esprit, on éprouve de l’empathie puis plus… puis à nouveau..

Fabrice nous malmène jusqu’à me faire couler des larmichettes à un moment donné. L’attente est pesante, l’ambiance est claustrophobique….
Jusqu’au déroulement final (les 60 dernières pages) auxquelles …. malheureusement, je n’ai pas adhérées. Dommage…
C’était quasi parfait ! Bravo tout de même !
Petit bémol : certaines phrases auraient pu être allégées.

 

Français, Gore

Conscience animale – Franck Thilliez

image

J’ai découvert Franck Thilliez il y a plusieurs années et il a été un des premiers auteurs de thrillers français que j’ai lu, mon premier coup de cœur, longtemps sur la première place de mes auteurs préférés. Conscience animale est le premier livre qu’il a écrit, mais je viens seulement de le découvrir car il est quasi impossible de le trouver en format papier dans le commerce. Il a bien été publié en 2002 chez Cy Editions, mais il est depuis introuvable et selon l’auteur, une réédition n’est pas prévue.

 

Conscience animale commence par les retrouvailles entre deux amis. L’un, Warren, est bien installé dans sa vie famille familiale, il est marié avec Beth, gentille épouse effacée, ils ont deux jumeaux, Tim et Tom, il a un travail commun, ils vivent dans une jolie maison, tandis que l’autre revient de plusieurs années de voyages en Afrique où il a été confronté à des situations et des événements hors du commun. La soirée se déroule sans encombre, ils se promettent de se revoir régulièrement. Et puis la petite vie de Warren commence à s’assombrir : ses poissons meurent nuit après nuit, deux petits trous sur leur corps, puis c’est au tour du chien. D’un autre côté, on nous fait part de meurtres sauvages : morceaux de peau, de muscles arrachés, jambes découpées, les meurtres sont gores, barbares, sanglants et nombreux. L’enquête est confiée à celui qui deviendra le personnage récurrent de l’auteur, l’inspecteur Sharko, jeune homme marié et jamais confronté à une affaire comme celle-ci. Commence alors une véritable plongée en enfer, dans l’univers barbare d’un groupe sectaire, où sorcellerie et rites vaudou sont pratiqués par des personnes enrôlées par un « gourou » manipulateur. On découvrira alors le côté obscur, animal, bête féroce de l’être humain…

Lire la suite « Conscience animale – Franck Thilliez »

Auto-édités, Français, Mickaël Parisi

Néant – Mickaël Parisi

image

J’ai été contactée sur Twitter par l’auteur lui-même, Mickaël Parisi, qui m’a proposé la lecture de son ebook auto-édité. J’ai trouvé la demarche intéressante, sachant que j’aime bien découvrir de nouvelles plumes et que je m’intéresse au monde de l’auto-édition. L’auteur m’avait prévenu, il ne s’agit pas d’un thriller à proprement parlé, mais d’un livre où il faut avoir une certaine ouverture d’esprit tant il est trash. Ça a donc piqué ma curiosité, moi qui n’aime pas le politiquement correct et l’édulcoré.

 

Néant, c’est l’histoire de Marlon, gratte papier au service nécrologie d’un journal, qui est en proie à  une sorte de trop plein. Trop plein de hiérarchie, trop plein d’ordre établi, trop plein de gens, trop plein de la société… Il a des tendances suicidaires, mais n’ose pas passer le cap, il a peur de se rater, peur de l’après… Il est virulent, asocial et antisocial, anarchiste et nihiliste… Il ne trouve pas sa place dans cette société qu’il vomit.  A l’aide de l’organisation Gang des zombies, il décide d’organiser sa disparition en faisant croire qu’il est mort dans un incendie. Il assistera à son enterrement, à la cérémonie, déguisé et tapi dans le fond de l’Eglise. En contrepartie, Marlon devra œuvrer pour eux, réaliser diverses tâches. La question est de savoir comment il va se sortir de tout ça !

 

J’ai deux sentiments contradictoires après la lecture de ce livre

J’ai dans un premier temps beaucoup aimé le début : l’histoire du mec tellement à bout mais qui n’a pas le cran de se suicider, qui orchestre sa propre mort, qui assiste à son propre enterrement et qui recommence une nouvelle vie… Ça change de ce qu’on lit habituellement et j’ai trouvé que ça commençait de manière originale. L’analyse que Marlon fait de l’ensemble de la société est mordante, sans concession ni langue de bois. Clairement, je me retrouve beaucoup dans son sentiment de rejet de la société, à certains moments je me suis dit que j’aurais pu écrire ces mots, un jour où j’aurais été mal lunée et où j’en aurais voulu à la terre entière. Tout le monde en prend pour son grade : la hiérarchie, les femmes, les sdf, les prostituées, la cellule familiale, l’esclavagisme lié au travail, l’amour, l’amitié…

Cependant,  bien que j’ai aimé dans les premiers temps les critiques virulentes qui étaient faites, plus j’avançais dans ma lecture plus ça avait tendance à me fatiguer et à me peser parce que ça freinait l’avancée de l’histoire et qu’à un moment j’ai juste envie de lui dire « arrête tes polémiques et refais ta vie maintenant ! ». Je pense que le climat français ambiant y est pour beaucoup dans mon trop plein de négativité. Je sature beaucoup de tout ce qui se passe, je ne regarde plus les informations et me reprendre toute cette réalité dans la tête, c’était pas forcément quelque chose dont j’avais besoin. Donc ce qui veut dire que ce livre m’a touchée parce qu’il m’a amenée à une réalité que je ne veux pas forcément regarder en face pour l’instant (Appelez moi « l’autruche »)

 

Par ailleurs, j’ai trouvé le récit un peu fouillis, le style est lourd et  très riche aussi bien en dialogues qu’en longs passages proches du pamphlet. Clairement, ce livre est un OVNI dans le monde littéraire, il n’a pas une écriture traditionnelle. C’est déroutant et je dirai même que la lecture est fatigante dans le sens où rien n’est épargné aux lecteurs. La violence est dans les faits, la violence est verbale. Lorsque la violence s’arrête, c’est la condamnation de la société qui reprend, quand ce n’est pas ça, c’est une scène de sexe, brute, crue, animale qui reprend. Et ça durant tout le récit… Attention, ce n’est pas ça qui m’a dérangée dans le livre, il en faut beaucoup pour me choquer au point d’arrêter une lecture !

En gros, on ressort complètement chamboulé de cette lecture, le cerveau retourné, l’envie de se tirer sur une île déserte dans le grand nord pour fuir cette société…

Si vous aimez la belle écriture , les p’tites pâquerettes et les bouches en cœur, que vous êtes  un tant soit peu allergique aux grossièretés, passez votre chemin =)

Un livre à ne pas mettre dans toutes les mains, à conseiller aux lecteurs avisés qui n’ont pas froid aux yeux et qui apprécient les lectures controversées.

Français, Huis-Clos, Nouvelle

Hostile – Franck Thilliez

image

 

J’ai cédé. J’ai cédé aux sirènes d’une liseuse. La principale raison est que j’ai eu plusieurs propositions de manuscrits ces derniers jours et qu’il m’est impossible de les lire sur le PC et le smartphone pour une raison de confort de lecture. La seconde est que je me dis que ça servira toujours en voyages, je voyage beaucoup, j’embarque à chaque fois plusieurs livres « au cas où », que j’abîme, que je ne lis pas car je vadrouille toute la journée et que le soir je suis raide… Mais la liseuse sera très certainement confortable pour les heures d’avions et d’attente dans les aéroports.

J’ai voulu la tester rapidement, comme une gosse qui déballe son cadeau de Noël, et j’ai décidé de lire une nouvelle d’un de mes écrivains préférés, Franck Thilliez.

 

Hostile, c’est l’histoire d’un accident de voiture. Léa se réveille, endolorie et complètement bloquée dans un amas de tôle. A côté d’elle un homme qu’elle ne connaît pas et qui l’a prise en stop alors qu’elle rentrait d’une séance photo animalière dans la nature profonde. L’homme est vivant, mais également coincé dans l’habitable. Commence alors une longue attente, sans à boire ni manger, en attendant que quelqu’un découvre leur véhicule sur cette route déserte et leur vienne en aide.

 

Hostile est une nouvelle, c’est donc très court et au moment de commencer je me suis demandée si cela nécessitait une chronique. Et puis finalement j’ai quand même eu envie de donner mon avis car c’est un format qui change de ce que nous propose l’auteur habituellement!

C’est un huis clos angoissant que Franck Thilliez tisse dans cette nouvelle, et son talent, c’est de savoir captiver le lecteur dès la première ligne, de réussir à mettre en place un sentiment de profonde angoisse et d’oppression en cinquante pages. Chapeau l’artiste !

On n’a pas le temps de s’attacher aux personnages, c’est trop court, on compatis à leur situation mais ça s’arrête là. On ne sait rien d’eux, et on n’en apprendra pas d’avantage. Pas le temps de s’attarder sur des détails futiles, ça doit aller vite. Le conducteur passe tour à tour de victime à suspect dans notre tête de lecteur : il est bien trop calme vis-à-vis de la situation dans laquelle il est et son comportement envers Léa est étrange.

Le schéma de la nouvelle est respecté au sens littéraire du terme : un texte très court, une chute (vertigineuse !) dans les dernières lignes et qui nous laissent avec ce sentiment « mais pourquoi ça s’arrête là !!!! ».

Je pense que cette nouvelle aurait fait un très très bon prologue de roman ! Je conseille cette lecture rapide et divertissante si vous avez une petite heure à perdre, dans la salle d’attente chez votre médecin ou en pause entre midi.

image