Interview, Non classé

Lumière sur : Mo Malo

J’inaugure aujourd’hui une nouvelle catégorie sur mon blog, celle des interviews d’auteurs !

Vous n’avez pas pu à passer à côté si vous me suivez sur les réseaux sociaux, ce livre est une de mes plus belles découvertes littéraires de cette année 2018, un coup de cœur foudroyant, et j’en parle un mois après lecture toujours avec un grand enthousiasme.

Ma chronique de Qaanaaq

Mo Malo a accepté de se prêter au jeu des questions/réponses pour nous parler de Qaanaaq, paru le 31 mai 2018 aux Editions La Martinière.

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Selon le communiqué de presse de ton éditeur La Martinière, ce livre est ton premier thriller. Comment as-tu vécu la communication faite avant sa parution, et comment as-tu vécu les premiers retours de tes lecteurs ?

Pardonne-moi de te corriger d’entrée de jeu, mais en réalité le communiqué précisait que Qaanaaq est mon premier « polar » et non mon premier thriller. Sous d’autres identités, j’ai déjà publié des thrillers, mais jamais de polar de forme et de structure classique (meurtre, enquête d’un flic, recherche d’indices, « whodunit »). Tu vas trouver que je pinaille, mais la nuance a son importance 😉 Le travail du thriller est pour moi assez différent. L’ambiance et les personnages y comptent aussi, mais le principal est évidemment le rythme, l’agencement de la narration et de ses fameux cliff-hangers. Dans un polar, on peut en principe plus se permettre de planter le décor. On ne recherche pas l’efficacité immédiate et permanente, mais plutôt une imprégnation progressive du lecteur. En tout cas, c’est ainsi que moi je perçois les choses. Donc si certains lecteurs ont pu avoir du mal à entrer dans Qaanaaq, trouvant son début un peu lent par rapport à leurs lectures habituelles, je dois dire ici que c’est totalement voulu et assumé de ma part. S’ils s’attendaient à un thriller qui va à cent à l’heure de la première à la dernière page, en effet ils étaient au mauvais endroit !

Qu’est-ce qui t’a donné envie de publier Qaanaaq sous pseudo ?

C’était à la fois une nécessité et une envie. Nécessité, car j’ai déjà publié beaucoup de choses très éloignées de cet univers sous d’autres noms. Et envie, car j’avais le désir de m’immerger dans ce grand bain du polar nordique. Tant qu’à le faire, autant, jouer le jeu jusqu’au bout et revêtir une identité cohérente par rapport à mon projet. Être aussi danois (ou groenlandais) que mes personnages eux-mêmes. Mais, pour tout te dire, ce n’était pas non plus le plus important. Le plus important c’est toujours l’histoire que j’ai envie de raconter.

J’ai pu lire ici ou là sur les réseaux sociaux que le choix de ce pseudo était un plan marketing très étudié, uniquement destiné à faire buzzer. Je peux vraiment te dire qu’il n’en est rien. Il fallait un pseudo, je l’ai choisi, un point c’est tout. Le reste, ce soi-disant mystère entretenu autour de mon identité, ce sont les utilisateurs desdits réseaux sociaux qui l’ont eux-mêmes forgé.

Allez, j’ose LA question que tout le monde se pose ! Qui es-tu, Mo Malo ?

Puisque tu m’interroges à propos de Qaanaaq, dans ce présent contexte je suis Mo Malo et personne d’autre 😉 Je revendique ce droit d’un auteur à être multiple, à sauter d’un univers et d’une identité à l’autre, et à vivre dans des mondes parallèles étanches les uns aux autres.

Évidemment, si tu m’interrogeais à propos d’un autre de mes romans, la réponse serait la
même, c’est-à-dire que je serais alors….
Ah damned, j’ai failli le dire ! T’es trop forte Anaïs !

Le travail de documentation effectué ici est impressionnant. Tu développes tout au long du livre l’aspect géopolitique du Groenland, les traditions qui y perdurent, le mode de vie dans ce pays presque inaccessible… Comment t’y prends-tu pour amasser autant d’informations et trouver le juste équilibre pour intéresser le lectorat du genre du thriller, exigeant et qui aime les intrigues à 100 à l’heure, sans le lasser ?

Puisque dans un polar l’ambiance, les personnages et les décors comptent autant que
l’intrigue, il me semble que cela fait partie du contrat de base entre auteur et lecteur. Donc en effet je passe beaucoup de temps à accumuler et affiner ma documentation. La part fascinante de ce travail préliminaire, c’est qu’une fois qu’on le croit fini… il ne l’est pas. Je veux dire par là qu’il arrive toujours un moment où, en cours d’écriture, on découvre LE détail parfait qui vient compléter de manière idéale le récit, détail qu’on n’avait pas déniché lors des recherches initiales. J’adore cet aspect presque magique du travail d’auteur, quand il existe une sorte de synchronicité parfaite entre ce que l’on lit, vit et écrit. Où tout ce que l’on absorbe comme nouvelles informations fait sens dans le projet en cours. Après, évidemment, il faut élaguer. Ne distiller que ce qui est réellement utile à l’intrigue. On en ajoute, on en enlève, c’est un jeu de patience et de dosage, un peu comme un cuisinier élabore une nouvelle recette. A cette différence que, dans l’écriture de roman, il n’y a justement pas de « recette » reproductible ad vitam. De ce point de vue chaque livre est un prototype unique, qui a sa propre alchimie et son propre équilibre. C’est ce qui rend ce travail aussi complexe et aussi exaltant.
Enfin, quand tout semble calé, les échanges avec l’éditeur (merci au passage à Marie Leroy et son équipe formidable chez La Martinière) aident beaucoup à affiner ce fameux dosage. C’est l’avantage qu’on a sur les cuisiniers : on peut encore modifier les ingrédients du gâteau quand il est déjà quasi dans le moule et passé au four ! (oui, j’avoue, je suis un gourmand !)

L’invitation au voyage est un des points forts de Qaanaaq, qu’est-ce qui t’a donné envie de développer à ce point l’environnement dans lequel évoluent tes personnages ?

J’ai autant eu envie de raconter une intrigue policière que de raconter ce pays si mal connu. Et surtout si singulier. Si j’avais juste voulu parler de froid et de neige, j’aurais pu situer mon histoire dans n’importe quel pays septentrional. Ou même dans un pays d’Europe continentale en hiver, et/ou à la montagne. Mais le Groenland, c’est bien plus que des températures extrêmes et des paysages blancs. C’est avant tout cette insularité, ce désert total (pays le moins densément peuplé au monde, je le rappelle), cette culture Inuit qui imprègne tous les rapports humains… Donc je ne pouvais pas me contenter de planter le décor à grands traits. Il fallait vraiment que le pays devienne un personnage à part entière du roman. Je ne sais pas si j’ai réussi, mais c’était l’envie initiale.

Malgré son image simpliste de gros glaçon au nord de l’Atlantique, c’est un pays à l’histoire très riche et au présent extrêmement complexe : le processus d’indépendance en cours, les richesses minières et pétrolières, les conséquences de la position géostratégique essentielle du Groenland au cours de la guerre froide, l’érosion de la culture Inuit traditionnelle, les problèmes sociaux que cela génère, la fonte de la banquise et de l’Inlandsis, les effets de tous ces phénomènes sur la faune locale, etc. Peu de pays me sont apparus à la fois aussi dépaysants et chargés en enjeux cruciaux, si ancrés dans notre époque. Le Groenland, ce n’est pas un gros glaçon, c’est au contraire une vraie cocotte minute !

Le personnage de Qaanaaq est profondément humain et attachant, on te sent très proche de lui, et l’émotion ressentie par les lecteurs est particulièrement forte autour de ce difficile retour sur ses terres natales. En quoi était-il important pour toi de donner cette dimension humaine à ton personnage, et à tes personnages plus globalement ?

Parce qu’un flic n’est pas qu’une machine à résoudre des enquêtes. C’est évidemment un
homme ou une femme avant toute chose. Et puis, pour moi en tant qu’auteur qui vais passer plusieurs mois aux côtés de mes personnages, il est important de savoir qui ils sont, de les apprivoiser. J’imagine donc que cette « cohabitation » finit par transparaître dans ce que j’écris. En tout cas, tant mieux si tel est le cas !

Qaanaaq vient tout juste de paraître, mais j’ai pu lire ici et là qu’il serait le premier ouvrage d’une série et que nous retrouverons prochainement le personnage de Qaanaaq. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Oui, a priori nous devrions retrouver Qaanaaq et Apputiku pour une nouvelle enquête d’ici quelque temps, et toujours au Groenland. Tout ce que je peux te dire c’est que Qaanaaq Adriensen va avoir à la fois l’occasion d’éprouver les limites physiques extrêmes qu’impose ce pays ; et qu’il va pouvoir poursuivre l’exploration de son propre passé.

Je te laisse carte blanche pour terminer cette interview !
Carte blanche, Groenland… avoue que tu l’as fait exprès !

Merci beaucoup du temps que tu m’as accordé, je suis très heureuse que tu sois le premier auteur à te prêter au jeu de ce nouvel exercice pour moi.

J’en suis heureux aussi, et très honoré !!! J’en profite pour te remercier, en mon nom et sans doute aussi au nom de tous mes « collègues », pour ton formidable travail de défense et promotion des polars/thrillers (et littératures de genre en général). Sans des passionnés comme toi, nous auteurs n’existerions pas !

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