Editions Michel Lafon, Olivier Norek, Polar/thriller français

Entre deux mondes – Olivier Norek

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Lecteurs de thrillers, inutile de vous présenter Olivier Norek. En quelques années et en seulement trois livres, l’ancien flic a réussi à s’imposer comme une figure incontournable du polar français, et les choses se sont d’ailleurs accélérées pour lui depuis la parution du tome 3 des aventures de Coste, Surtensions, vainqueur du Grand Prix des Lectrices Elle, du Prix Le Point du polar Européen 2016.

Il revient aujourd’hui avec Entre deux mondes, et un sujet sur lequel on ne l’attendait pas forcément, bousculant les habitudes de ses lecteurs en proposant quelque chose de différent. Et moi, j’aime quand les auteurs sortent de leur zone de confort pour nous proposer quelque chose de différent.

Je vous parle aujourd’hui d’Entre deux mondes d’Olivier Norek, paru aujourd’hui, aux Editions Michel Lafon.

L’histoire (4è de couverture)

Adam a découvert en France un endroit où l’on peut tuer sans conséquence.

 

Un sujet de société

Je dois avouer que j’ai commencé ma lecture avec une grosse appréhension. Si j’ai vraiment aimé les trois premiers opus de l’auteur, qui étaient du bon polar français pur et dur comme je les aime, je dois avouer que le thème abordé dans Entre deux mondes ne m’attirait pas franchement de prime abord. Et quand c’est un de tes auteurs chouchous qui écrit à ce sujet, ben tu flippes un peu grave de ne pas accrocher… Le sujet des migrants et de la jungle de Calais a été omniprésent dans nos médias, depuis des années; nous sommes noyés sous les reportages et articles à ce sujet parce qu’il est grave et sérieux et qu’il constitue un véritable problème de société actuellement en Europe. Mais j’avoue très honnêtement que ce n’est pas un des sujets qui attire mon attention. Non pas que je n’ai pas de cœur et ne me sens pas concernée : je travaille dans le domaine du social et forcément je me sens concernée par la misère humaine, mais une fois la porte du boulot refermée, j’ai envie de couper avec cette réalité difficile et je préfère « faire l’autruche » pour me préserver un peu de tout ce négatif.

Sauf qu’ici, c’est tellement bien abordé que je me suis laissée prendre au jeu de l’intrigue, d’autant plus que l’auteur y a tout de même ancré une histoire policière et que ça, ce n’était pas pour me déplaire. J’ai d’ailleurs tellement accroché que je ressors de cette lecture avec les émotions égratignées et envahie d’un certain cafard. Indéniablement, ce qui a provoqué en moi cette implication émotionnelle, c’est l’élément d’écriture propre à Olivier Norek, et qui est le réalisme dont il fait preuve dans ses bouquins. Plus c’est réaliste, plus tu te sens concerné. Et plus tu te sens concerné, plus tu arrives à faire preuve d’empathie.

Certes, on est dans un thème différent ici, par rapport à ses trois premiers livres : pas de Coste (Coste, tu me manques ! ), pas d’équipe de flics qu’on va suivre à temps complet durant leur enquête, pas d’immersion au cœur d’un commissariat du 9-3… Par contre, le réalisme, qui constitue une sorte de fil d’Ariane dans le style d’écriture de cet écrivain, est bel et bien présent. C’est une véritable plongée dans la jungle de Calais qu’il nous propose ici, mais aussi dans le quotidien des policiers du secteur, tous au bout du rouleau émotionnellement, complètement démunis face aux milliers de migrants qui arrivent mois après mois pour constituer le plus grand bidonville de France. Olivier Norek a été flic, ça a été sa vie et son quotidien pendant des années, et il sait de quoi il cause; et quand il ne sait pas, et bien il va tout simplement sur le terrain, comme ça a été le cas durant l’écriture de ce quatrième opus, histoire de s’imprégner de l’atmosphère des lieux afin de la transcrire au mieux : il nous sert alors une histoire brute de décoffrage, mais tellement crédible et humaine qu’elle vous touchera au plus profond des tripes.  C’est sans édulcorant qu’il nous jette cette réalité en pleine tête, la réalité d’une vie de souffrances et de fuites dans l’espoir d’un avenir meilleur pour ses enfants, ou simplement pour espérer survivre.

 

Des personnages marquants

Qui dit immersion dans la jungle de Calais dit forcément réfugiés. Nous faisons donc la rencontre d’Adam, un flic syrien qui a fui son pays pour protéger sa famille. Et c’est justement sa femme et sa fille qu’il recherche : elles ont quitté le pays avant lui sur une embarcation de fortune par la mer quelques jours avant son exil à lui. Tout ne se passera pas comme prévu, car une fois arrivé en France, aucune trace d’eux. Jour après jour, sans relâche, il les cherchera dans cet immense bidonville. Un soir, il viendra en aide à un petit garçon, Kilani, qui est en train de se faire agresser par des hommes. Je vous passe les détails sordides, cette scène m’a vraiment marquée même si elle a été abordée par l’auteur de manière relativement distante histoire de nous éviter une scène d’un voyeurisme dégueulasse qui aurait eu pour effet de me rendre vraiment mal à l’aise. C’est à ce moment qu’il fera la connaissance de Bastien, un flic français tout juste débarqué à Calais, qui ne connait pas la ville et qui n’a qu’une vague idée de ce qu’est cette fameuse jungle. Il en a bien entendu parler, certes, mais il est loin de s’imaginer que son boulot de flic sera totalement différent de ce qu’il a vécu dans ses précédents commissariats. Et c’est alors un véritable lien qui va unir les deux hommes que tout oppose de prime abord. Cette relation qui va s’installer entre eux est ce qui fait la force de cette histoire et qui rend le livre vraiment humain. C’est grâce à ce genre d’histoires foncièrement positives qu’on peut espérer lever la méfiance que peut avoir un peuple à l’idée de se sentir « envahi » par une immigration clandestine. Nous sommes dans une époque particulièrement sombre où nous nous retrouvons au second tour des élections présidentielles avec un des partis les plus gerbants de France, et la peur de l’étranger est plus présente que jamais, renforcée par les attentats de ces dernières années. Les médias se focalisent toujours sur le négatif, distillent la peur sournoisement dans l’esprit des citoyens français, et putain qu’est-ce que ça fait du bien de lire des choses positives à ce sujet. Parce qu’il y en a des histoires positives, de belles rencontres, où chacun peut apprendre de l’autre, où les uns peuvent venir en aide aux autres plus faibles et abîmés par la vie. C’est exactement ce que j’ai ressenti ici, c’est une bulle d’air pur dans un air vicié, et ça fait un bien fou !

 

Parlons quand même un peu du style

Ne vous y trompez pas, Entre deux mondes n’est pas un roman classique sur un thème de société, nous restons en effet malgré tout dans la littérature noire. Bien que cette fois, comme je vous l’ai dit, l’accent n’est pas mis sur l’enquête policière, il n’en reste pas moins que ce livre est un thriller, et un bon en plus ! Entre suspense, (sur)tensions (ah ah), un peu de castagne quand même, et une ou deux scènes assez choquantes pour le lecteur, tout y est pour faire de ce livre une réussite.

Les dialogues sont justement équilibrés avec la narration, ainsi le lecteur n’a pas le temps de se poser de question ou de s’ennuyer, il est pris dans le tourbillon de l’intrigue et il découvre avec un certain effarement cette réalité qu’on préfère taire et ne pas montrer. J’en reviens à ça de manière un peu appuyée je vous l’accorde, mais c’est vraiment quelque chose qui m’a marqué, dans le sens où j’ai l’impression d’avoir enfin ouvert les yeux sur le drame de ces gens qui n’ont plus rien. Je suis un cœur d’artichaut, quelqu’un d’hypersensible malgré le fait que je sois une sauvage, et j’ai l’impression de m’être pris une terrible réalité dans la tête et clairement, depuis ma lecture, je ne vois plus les articles ou reportages à ce sujet de la même manière.

 

Le mot de la fin

N’ayons pas peur des mots, pour moi Entre deux mondes est le meilleur des livres d’Olivier Norek, le plus abouti, le plus poignant… Il a ajouté un petit quelque chose en plus, une certaine émotivité qui le rend profondément humain. J’ai rédigé ma chronique il y a quelques temps de ça, j’ai rajouté encore un bon pavé dans ma chronique aujourd’hui en la relisant car elle ne retranscrivait pas à 100% mon ressenti au sujet de ce livre. J’ai eu du mal à me défaire de cette histoire, et de ce qu’elle a crée en moi.

J’ai terminé ce livre avec une espèce de boule dans la gorge, comme une sorte de mélancolie, me prenant en pleine face une réalité qu’il m’était confortable d’ignorer. Derrière une intrigue policière romancée, il y a des faits réels, une réalité qui n’est pas tronquée par l’auteur, comme il l’explique lui-même au tout début du livre.  Entre deux mondes nous amène à réfléchir sur des thèmes graves et d’actualité et permettra sans doute d’éveiller les consciences. Je n’ai pas forcément analysé de manière aussi pointue que d’habitude le style d’écriture, parce que j’étais vraiment prise dans l’intrigue au point d’en oublier les choses plus concrètes. Quand un lecteur se retrouve plongé dans une histoire au point d’oublier d’analyser le style, c’est que l’auteur a bien réussi son travail, celui nous couper de notre réalité pour nous plonger dans une exosphère par si fictive que ça…

J’ai apprécié aussi que l’auteur ne prenne pas clairement position dans ce livre. On la comprendra néanmoins sa position, mais il restera foncièrement objectif, nous présentant la situation telle qu’elle est. Je retrouve une certaine sensibilité dans l’écriture, que je ne lui connaissais pas forcément, preuve que quand un écrivain sort de sa zone de confort et ose, ça fait bien souvent de belles choses.

Un grand bravo, c’est un grand coup de cœur pour moi !

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2 thoughts on “Entre deux mondes – Olivier Norek”

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