Editions Pocket, Huis-Clos, Suisse

Le dragon du Muveran – Marc Voltenauer

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Alors que ce livre avait envahi les réseaux sociaux au moment de sa sortie en broché, je n’avais pas forcément eu envie de le lire car la couverture du grand format avec la croix chrétienne et la promesse d’un ouvrage basé sur une histoire trop religieuse m’avait fait fuir. Et puis la sortie en poche, et puis une couverture un peu plus sympa qui fait que je m’intéresse cette fois à la 4è de couverture. Et je me dis « pourquoi pas! » : l’histoire se passe en Suisse et j’aime voyager pendant mes lectures, des secrets bien gardés qui finissent par être déterrés, le tout dans un petit village où ça sent bon le huis clos, et ça me donne envie de foncer !

600 pages plus tard… Je suis conquise, et je regrette d’avoir eu des préjugés à cause de la couverture du grand format !

Je vous parle aujourd’hui du livre Le dragon du Muveran, écrit par Marc Voltenauer, et paru tout récemment aux Editions Pocket.

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L’histoire (4è de couverture)

Le village de Fryon, dans les Alpes vaudoises, est en émoi : dans le temps gît un cadavre, nu, allongé sur la table sainte à l’image du Christ crucifié. A l’extrémité du couteau qui lui a transpercé le cœur, un message : « Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres! » L’inspecteur Andreas Auer est convaincu que ce meurtre est le premier acte d’une mise en scène macabre et symbolique. Peu à peu, les secrets que certains villageois auraient préféré garder enfouis refont surface et viennent semer le trouble dans ce lieu d’habitude si paisible… »

Un thriller d’atmosphère !

Moi qui aime voyager à travers mes lectures, qui adore ressentir l’atmosphère d’un lieu comme si j’y étais, j’en ai eu pour mon compte! Le dragon de Muveran est une sorte de petite bulle dans laquelle je me suis baladée au gré des meurtres et des investigations. Par bulle, j’entends que l’auteur a tellement bien décrit l’environnement dans lequel évolue ses personnages que je me suis sentie pleinement ancrée dans le récit, je me suis imaginé les ruelles, l’église, la place avec la fontaine de ce petit village suisse qui a pris vie sous la plume de l’auteur et qui m’a donné l’impression d’y être.

Marc Voltenauer plante donc son décor durant une bonne centaine de pages. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, il se passe malgré tout des choses au niveau de l’intrigue durant ce laps de temps, mais la focale n’est pas forcément faite sur le meurtre ou sur l’enquête, qui passent un peu au second plan, laissant la place à des descriptions de lieux et à la présentation des personnages. Vous savez que je déteste m’ennuyer dans un thriller et que j’ai tendance à envoyer valser le livre quand je m’ennuie surtout quand c’est un pavé comme celui-ci. Il en faut du talent pour me tenir pendant 600 pages, surtout depuis environ deux mois où j’ai plutôt envie de lectures plus courtes ! Clairement, à aucun moment je n’ai ressenti de lourdeurs ou d’ennui durant ma lecture, parce que c’est écrit de manière naturelle, sans artifice, et que ça a permis de bien poser les fondations de cette atmosphère qui prendra une part importante dans l’intrigue. Alors oui l’action c’est bien, les rebondissements aussi, je suis la première à le dire que j’aime les rythmes effrénés, et pourtant j’apprécie tout autant quand un auteur prend le temps de développer un cadre qui va ajouter un petit plus à une intrigue policière déjà bien angoissante. Cependant ne vous y trompez pas, après les cent premières pages, on rentre vraiment dans le vif du sujet et les choses s’accélèrent dans un dernier tiers du livre. J’ai le sentiment que le rythme monte crescendo pour exploser dans la dernière partie.

Si le lecteur est dans sa bulle durant sa lecture, les personnages le sont également. Vous l’avez vu venir, je le sais, je vais vous parler de huis-clos !

Ai-je encore besoin de vous dire que j’adore les huis-clos? Ai-je encore besoin de vous dire que le sentiment d’oppression lié à ce procédé littéraire exacerbe les émotions que nous pouvons ressentir lorsque nous lisons un thriller ?

Le huis-clos a pour moi trois objectifs, et cela a été parfaitement maîtrisé ici par l’auteur : d’abord cela a rendu l’histoire  étouffante, nous avons l’impression que nous n’allons jamais pouvoir nous en sortir, on ne trouve pas de moyen de fuite, c’est un engrenage, et j’en reviens à ma fameuse bulle dont je vous parlais ; ensuite ici, cela donne un côté très immersif à la lecture, on vit l’intrigue comme si nous y étions, on fait partie du quotidien de ce microcosme, on rencontre un nombre de personnage restreint qu’on a l’impression d’apprendre à connaître d’un point de vue personnel ; mais surtout, le huis-clos entraîne dans ce livre un climat de suspicion et produit un suspense de tous les diables parce qu’on accusera tour à tour chacun des personnages d’être le meurtrier.

Je ne spoile absolument pas l’histoire en vous indiquant que nous allons retrouver dans ce livre le thème de la vengeance qui m’est cher, car c’est une thématique qui sied à merveille au genre du thriller ou du polar. La vengeance est un plat qui se manger froid, et c’est encore plus douloureux quand ça vous tombe dessus plusieurs décennies après, lorsque vous avez cru que certaines de vos erreurs resteraient enterrées pour toujours. Ici, cette petite communauté est constituée de personnages qui sont nés, ont grandi, et ont construit leur vie dans ce petit bourg. Les langues mettront du temps à se délier, le poids du secret pèse sur la vie de certains protagonistes, et il faudra bien de la patience à notre inspecteur Andreas pour faire parler les témoins.

Par ailleurs, j’ai apprécié l’équipe de flics rencontrée ici, on sort pour une fois du flic torturé, alcoolique, qui a perdu sa femme ou ses gosses dans un terrible drame qui changera sa vie et fera de lui une sorte d’être déprimé par son sort et anesthésié par le sort d’autrui. Je ne dis pas que je n’aime pas ce genre de personnages, mais parfois ça fait du bien de sortir de ce schéma traditionnel. Ici on fait la connaissance d’Andreas, un flic homosexuel très attachant car profondément humain et « normal »… Et ça fait du bien !

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Le mot de la fin

Derrière une intrigue relativement classique, Marc Voltenauer a réussi à insuffler un petit air de renouveau dans l’univers du thriller avec Le dragon de Murevan.

L’enchaînement de chapitres courts, alternés à quelques occasions de chapitres écrits en italique et qui nous plongent en 1970, tiennent en haleine le lecteur de la première à la dernière page, malgré quelques passages religieux peut-être un peu trop développés à mon goût.

Un bon thriller suisse aux sonorités nordiques grâce à l’atmosphère pesante et à une intrigue qui prend son temps, pas de doute que je souhaite découvrir le second opus de l’auteur, Qui a tué Heidi ?

 

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