éditions folio, Français

Rural noir – Benoît Minville

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J’ai découvert bien tardivement Rural Noir, qui me faisait de l’œil depuis un moment grâce à la blogosphère. Mes moyens financiers n’étant pas illimités en matière d’achats livresques, je dois faire des choix, et j’ai pu profiter de la parution en poche chez Folio Policier pour le découvrir. Il s’agit du premier roman noir du très Rock’n’Roll Benoît Minville (d’où le tshirt sur la photo!).

Je vous emmène donc dans une balade pas si bucolique que ça, à travers la campagne française…

L’histoire

Romain est parti du jour au lendemain de la Nièvre, sans une explication. Dix ans plus tard, il revient sur les terres de son enfance et retrouve la bande de toujours : Chris, son frère, rendu amer par son départ soudain après le décès de leurs parents. Vlad, le meilleur ami à la vie à la mort, aujourd’hui lointain, aujourd’hui accaparé par ses affaires. Et Julie, qui attend un enfant avec Chris. A peine Romain a-t-il posé ses valises que Vlad est retrouvé salement amoché dans un champ. Avec le recul des années passées loin, Romain fouille dans leur histoire commune pour tenter de comprendre. Quels bons souvenirs dissimulaient les disputes, quelles rivalités annonçaient les bastons, quelle crise se préparait pour ceux restés sur ces terres.

 

Air pur et monotonie

Le décor est planté dès le titre, on est ici dans la cambrousse profonde (n’y voyez aucune méprise, j’y vis depuis presque toujours et je n’ai absolument pas supporté le court passage que j’ai fait en ville!). Le cadre rural y est largement détaillé, on ressent l’ennui de ce quatuor qui essaie tant bien que mal de s’occuper comme ils le peuvent, dans cette petite communauté où tous se connaissent, s’apprécient ou se livrent parfois une guerre de clans. J’ai ressenti un peu la même sensation que dans un huis clos à la lecture de cette histoire, sensation d’isolement profond et de tension impossible à fuir. C’est une sorte de huis clos à grande échelle que nous propose ici l’auteur, on n’est pas enfermés dans une pièce non, mais dans un secteur fermier, qui sous ses airs bucoliques cache une réalité bien plus morose. Plus encore, les personnages sont enfermés dans un passé dont ils n’arrivent pas à se défaire, dans ce secteur où ils sont loin de tout et où pourtant ils reviennent, comme attirés comme des aimants, comme s’il manquait quelque chose à leur vie quand ils en sont loin. A moins que ça ne soit le poids des remords qui les fait revenir? Ou un désir insatiable de régler une bonne fois pour toute certaines choses pour continuer à avancer?

Au niveau du rythme, il n’est pas des plus fracassants, soyons honnête, mais il colle parfaitement à l’environnement champêtre dans lequel les personnages évoluent. Est-ce que cela m’a posé problème moi qui aime les histoires qui secouent ? Non. Est-ce que je me suis ennuyée durant les 306 pages du livres? Absolument pas ! Tout simplement parce qu’à force de lectures éprouvantes desquelles je ressors la tête à l’envers et les émotions broyées, parfois ça fait du bien de me poser dans une lecture un peu plus calme, et ça permet de souffler un peu sans s’impliquer émotionnellement. Attention, je n’ai aucun cas dit qu’il ne se passait rien ou que l’intrigue était longue, ce n’est pas du tout le cas.

Une histoire, plusieurs périodes

Une alternance entre le passé et le présent rend l’intrigue intéressante, dans le sens où nous ressentons que le poids de certains événements du passé pèse beaucoup dans le quotidien de nos protagonistes. Les regrets et les cas de conscience sont ici légion, on se retrouve face à des personnages parfois torturés, en proie à un passé qui leur colle à la peau et qui leur reviendra en pleine face des années après, malgré leur fuite vers d’autres horizons durant un certain laps de temps. Il y aura des règlements de compte, qui se feront plus ou moins dans la souffrance, mais qui seront nécessaires pour qu’ils puissent continuer et avancer.

J’ai apprécié l’alternance qui est faite entre les moments légers qui se déroulaient durant leur adolescence et les périodes funestes qui jalonnent le livre. Les passages qui se situent entre enfance et adolescence nous permettent d’apporter un réel positif dans cette histoire, le sentiment d’amitié est très fort et chaque adolescent qui a passé sa vie au fin fond de la cambrousse pourra s’identifier à eux.

Les dialogues sont nombreux et donnent le rythme principal à l’histoire. Ils contribuent également à la découverte des personnages, de leur caractère ainsi que des liens qui les unissent. C’est d’ailleurs quelque chose qui m’a plu : ils sont relativement travaillés, on connaît beaucoup de choses sur leur vie, leurs relations, et ça les rend sympathique. Je ne me suis pas forcément attachée à eux, peut-être parce que 306 pages n’ont pas suffit à créer un lien entre nous.

 

Un thriller de société

Outre l’histoire principale tournant autour de cette bande de potes, il y a quelque chose de beaucoup plus profond dans Rural Noir. On imagine souvent la campagne comme étant un secteur calme, dénué de tous problèmes et où la délinquance est inconnue. Ici, Benoît Minville dresse tableau objectif de cette vie reculée, et pointe du doigt les divers problèmes qui peuvent survenir dans ces régions un peu oubliées de la société. Il y parle fermetures d’usines, bassin d’emploi sinistré, difficultés financières et secteur gangrené par la drogue.

Le mot de la fin

C’est sombre, c’est différent, ça change, et ça fait du bien de sortir de sa zone de confort !

L’écriture est sincère, sans édulcorant, et ça nous donne un thriller très ancré dans la réalité. Je ressens plusieurs jours après l’avoir terminé une sorte de sentiment désagréable de spleen, c’est pour ça que j’ai mis longtemps à poser des mots sur une chronique dont je ne suis pas forcément très satisfaite d’ailleurs. Comme l’impression que ce noir me colle à la peau et que cette fois, c’est moi qui n’arrive pas à m’en défaire et non plus le personnages…

Un premier roman noir très prometteur !

Benoît Minville, you rock !!!

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