Editions De Borée, Non classé

L’impossible définition du mal – Maud Tabachnick

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Comme il est étrange de se rendre compte que plusieurs jours après avoir terminé son livre, on a encore une sale impression qui nous colle à la peau, comme une sorte d’odeur nauséabonde qui continue de nous poursuivre. Ce livre est glauque, noir, parfois malsain, et il aborde ce qui est pour moi un des pires sujets traité dans les thrillers, celui du cannibalisme… Si j’ai apprécié la trame de fond de l’intrigue, j’ai été un peu moins séduite par la forme, je m’expliquerai plus en détail dans ma chronique.

Je vous parle donc aujourd’hui de L’impossible définition du mal de Maud Tabachnick, récemment paru aux Editions De Borée.

L’histoire

Viktor Braunstein, commissaire principal à la Direction des recherches criminelles, est dégradé pour avoir voulu faire le ménage dans la bureaucratie moscovite. Sanction immédiate : il est envoyé en tant qu’adjoint au commissariat numéro 1 de Rostov-sur-le-Don. Braunstein commence juste à prendre ses marques dans ce nouvel environnement et découvrir les moeurs de la province, quand l’actualité criminelle le rattrape…
Une jeune femme, Hélène Koskas, est retrouvée morte au milieu des bois. Si son identité et son histoire ne font guère de mystères — elle devait venir gonfler le nombre des femmes slaves sur les trottoirs des capitales européennes —, c’est son corps, mutilé, qui interpelle. Suivant le mode opératoire de l’assassinat, tout laisse à penser que ce crime porte la signature du tueur cannibale, un dangereux spree killer en cavale depuis plus de dix ans.
Si le meurtrier le plus recherché de Russie est dans la région, il n’y a aucune raison pour qu’il ne récidive pas dans les jours prochains. L’enquête commence… Un récit sombre au plus profond de la Russie d’aujourd’hui : une nation qui se cherche entre la postérité des tsars, un mythe soviétique décadent et le pouvoir actuel conservateur et autoritaire.

Parlons d’abord du positif…

L’intrigue se déroule donc en Russie. Il me semble que c’est le premier thriller que je lis qui se déroule dans ce pays, et il colle parfaitement à l’image (sans doute un peu cliché) que je me fais de lui ! C’est un thriller sombre, et l’auteure se plaît à mettre en place une atmosphère lourde en nous évoquant régulièrement le passé communiste du pays, la corruption qui le gangrène, mais aussi de l’état d’instabilité politique qui le secoue depuis de longues années… Du coup, j’ai vraiment trouvé que le climat de L’impossible définition du mal collait parfaitement à l’histoire glauque que nous raconte l’auteure… J’ai eu, et je garde encore cette étrange impression de m’y être aventurée comme dans un épais brouillard humide et froid qui vous colle à la peau.

Ce qui vous colle aussi à la peau, c’est l’histoire. Profondément noire, profondément dérangeante. On y parle anthropophagie, l’horreur à l’état pur et un des rares sujets qui me soulève l’estomac lors de mes lectures, et pourtant il en faut pour me donner envie de vomir! Le cannibalisme y est décrit comme une sorte de fantasme ultime, assouvi de manière orgasmique par un cinglé qui  nous retrace son histoire lors de mises en abyme qui entrecoupent a narration régulièrement, repérées grâce à une écriture en italique et à des numéros de chapitres en chiffres romains. Et c’est là le point fort de ce thriller! L’auteure pousse le vice en donnant la parole au meurtrier, le faisant parler à la première personne pour nous raconter son histoire, de la révélation qu’il a eue dans sa vie suite à l’ingestion de viande humaine jusqu’à ses différents meurtres sordides dans le but de prélever de la chaire humaine. Il est un monstre, à l’état pur, qui dévore les parties génitales d’un enfant qu’il a enlevé et massacré, il se délecte de manger des lèvres ou des langues… Glaçant !

Puis du négatif…

Deux reproches que je peux faire au sujet de ce roman :

Le premier est que les personnages n’ont, à mon sens, pas été assez exploités. On ne connaît rien de leur vie, tout juste leur prénom, leur nom et leur fonction, nous les suivons à travers l’enquête, mais à aucun moment je ne me suis sentie attachée à eux. C’est dommage car moins d’une semaine après avoir terminé ce livre, je ne peux vous en citer aucun de mémoire…

Le deuxième est que j’ai trouvé que la sphère géopolitique était un peu trop développée, prenant le dessus sur l’enquête, ce qui confère une certaine lenteur au récit. Les meurtres sont également peu développés, il y aurait pourtant eu matière à tisser autour d’eux afin de créer un climat d’horreur qui se serait très bien prêté à l’histoire et aurait apporté un certain dynamisme à l’intrigue…

Et du réel !

Oui oui, du réel! Une grande partie de l’intrigue a été bâtie autour d’un tueur russe qui a réellement existé : Andreï Tchikatilo. Il a été reconnu coupable du meurtre de 52 personnes, dont 35 enfants, et il avait pris pour habitude de dévorer leurs organes sexuels… Un bel enfant de cœur quoi! De quoi ajouter encore au sentiment de malaise que j’ai ressenti durant ma lecture!

Le mot de la fin

Ce n’est pas un livre que je regrette d’avoir lu malgré les quelques points négatifs que je vous ai cités précédemment, car comme je vous le disais, le fond de l’histoire particulièrement glauque m’a plu. C’est en tout cas une histoire qui me marquera en raison du caractère exceptionnel des meurtres et de la personnalité du tueur…

Je remercie chaleureusement les Editions De Borée de m’avoir permis de découvrir cette auteure.

 

 

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3 réflexions au sujet de “L’impossible définition du mal – Maud Tabachnick”

  1. Merci Anaïs pour cet avis plus que complet ! Si tu aimes les histoires de serial killer anthropophages, je te conseille « Le principe de Parcimonie » de Mallock chez Fleuve Editions. J’ai chroniqué ce thriller littéraire et baroque, une vraie pépite ! En plus, l’intrigue se passe à Paris, en pleine crue centennale, en immersion complète dans le monde de l’art. Un chef d’œuvre ! 😉

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