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Bill – Chris Loseus

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Ouf ! Oui, il existe encore de bonnes parutions en autoédition, et force est de constater que ce ne sont pas ceux qui se mettent le plus en avant sur Amazon et les réseaux sociaux qui ont les meilleures plumes (ça, c’est dit!).

Malgré le fait que je suis depuis plus de deux ans Chris Loseus sur les réseaux sociaux, je viens tout juste de lire mon premier livre de lui, Bill, qui vient de paraître il y a quelques semaines. On m’avait prévenue, ce livre était fait pour la lectrice barbare que je suis! Je l’ai lu quasiment d’une traite (bon OK, c’était facile vu que j’étais bloquée 3h dans la salle d’attente du médecin !) !

Attachez votre ceinture parce que ça va décoiffer !

L’histoire

Bill, c’est l’histoire d’un homme marqué par son enfance désastreuse et les violences qu’il a subies durant sa jeunesse. Il n’était qu’un enfant lorsque sa mère, femme de ménage, a emménagé dans un quartier relativement huppé de la ville. Non pas qu’elle gagne beaucoup d’argent, sa mère, en faisant des ménages, mais elle veut que son fils soit élevé dans un milieu sain pour lui donner toutes les chances de réussir. C’était sans compter sur une petite bande de garçons de notables de la ville, tous nés dans une bonne famille, qui ont décidé de faire vivre un enfer au jeune Bill, qu’ils considèrent comme un paria de la société du fait de la situation financière familiale.

Les années passent, Bill mène une vie désastreuse, traînant les casseroles de son passé. Et puis un jour, un reportage à la télévision le fait basculer : un de ses anciens bourreaux, devenu un richissime homme d’affaires en passe d’accéder à la présidence des Etats-Unis, lance un appel face caméras à son ancien ami d’enfance, un célèbre avocat associé à un des plus éminents cabinets de la ville, afin qu’il le défende dans une affaire de mœurs dans laquelle il est impliqué et qui risque de lui coûter son investiture. Et il se trouve que cet avocat est également un des anciens bourreaux de Bill…

Une histoire qui dérange…

Moi qui suis friande des lectures qui tabassent, bravo Chris, c’est réussi! Je ne m’attendais pas à un livre d’une telle noirceur, qui m’apporterait autant de sentiments ambivalents durant ma lecture!

Bill m’a horrifiée, Bill m’a bouleversée, il m’a fait ressentir des émotions tellement contradictoires que je me pose la questions de savoir si je suis normale ou non! Parce qu’au fil de ma lecture, je me suis rendu compte que j’avais de l’empathie pour le bourreau, malgré les atrocités qu’il a commises et la folie qui semble s’être emparée de lui. J’aurais dû avoir envie de le lyncher pour tout le mal qu’il fait, pour la barbarie de ses crimes et tortures, pour la cruauté dont il fait preuve, mais plus on en apprendra sur son enfance, plus on le dédouanerait presque des actes qu’il est train de commettre. On est ici dans le thème de la vengeance sourde et froide, celle qui anime un individu qui a déjà tout perdu, qui n’est rien, qui n’a aucune existence sociale, qui a été anéanti par ce qu’il a subi quand il était jeune. La violence commise à l’encontre de ses anciens bourreaux est à l’image de ce que lui-même a subi; ajoutez à ça un certain laps de temps pendant lequel tout cela a bien macéré dans sa tête, et vous vous retrouverez avec un personnage complètement incontrôlable, incapable de raisonner, aveuglé par son désir de vengeance. On peut comprendre que sur un esprit fragile, autant de souffrances peuvent faire à un moment dérailler un individu…

Le style de Chris Loseus

Comme je vous l’ai dit, je n’ai pas (encore) découvert les précédents livres de l’auteur. Mais il semblerait selon les lecteurs qui me l’ont conseillé que celui-ci dénote franchement avec le style des autres, qui sont, semble-t-il, moins violents (Chris, tu me diras si je me trompe). Je vais donc m’attacher à vous parler de son style dans Bill. Je préfère le préciser car je n’aurais pas envie de décourager le lectorat plus soft à découvrir cet auteur.

Avec Bill, on est dans le cru : pas grand chose n’est épargné aux personnages et par la même occasion aux lecteurs, car l’auteur apporte un soin particulier aux scènes difficiles qu’il décrit de manière détaillée me rendant parfois mal à l’aise, et pourtant je vous assure qu’il m’en faut pour être mal à l’aise (genre la personne à côté de toi dans la salle d’attente jette un œil sur ta liseuse, tu te dis « mince, je vais passer pour une psychopathe)! Le langage est plutôt familier, mais je n’ai pas eu le sentiment de tomber dans une histoire dégueulasse qui s’apparenterait à du voyeurisme ou à du trash pour faire du trash. Au contraire, le vocabulaire est souvent relâché, parfois grossier, mais il est en parfaite corrélation avec l’action qui se déroule et avec le caractère méprisable de la plupart des personnages. D’ailleurs, les protagonistes qui gravitent autour de Bill, dévoileront des facettes bien sombres de leur personnalité, bien cachés derrière une façade de notable et de bon père de famille. L’opportunisme dont font preuve certains démontrent de quoi l’être humain est capable pour se protéger, quitte à condamner les autres pour s’en sortir…

Les chapitres sont courts, parfois très courts, quelques paragraphes seulement. Ça donne une impression de forte tension narrative, surtout quand ils se terminent sur une action en cours et que le suivant passe à autre chose. Chris maîtrise tous les rouages de l’écriture du thriller, il sait y faire pour captiver l’attention de ses lecteurs, leur donner envie de poursuivre leur lecture compulsive sans perdre son lecteur. Je n’ai ressenti aucun temps mort durant ma lecture, j’ai eu l’impression d’être prise dans une spirale infernale, assistant impuissante aux événements dramatiques qui se déroulent.

L’auteur a pris le parti de nous plonger durant une majeure partie du livre dans un huis-clos, dans la maison d’un des protagonistes. J’adore les huis-clos, parce que ça donne une atmosphère de confinement très intéressante qui sied parfaitement au genre du thriller, et que ça me donne à chaque fois la sensation d’être moi-même cloîtrée dans l’histoire, sans possibilité d’en sortir.

L’auteur aborde de nombreux thèmes sociétaux dont on parle beaucoup actuellement et qu’il déroule sans filtre ni édulcorant : harcèlement scolaire, violences physiques/psychologiques/sexuelles, discrimination, pouvoir de l’argent… Et moi, j’aime quand un auteur a le courage de traiter des sujets aussi sensibles en sortant du politiquement correct.

Le mot de la fin

C’est un tableau particulièrement sombre que dépeint ici Chris Loseus. J’ai dû parfois prendre un peu de recul durant ma lecture tant certaines scènes m’ont secouées…

Amateurs de happy-end, de belles histoires et de petites pâquerettes, passez votre chemin!

Bill m’a amenée à me poser la question de ce que l’être humain est prêt à faire pour assouvir sa vengeance.

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