Editions Métailié Noir, Islandais, Nordique, Polar/thriller nordique

Piégée – Lilja Sigurdardottir

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Qui mieux que les Editions Métailié pour nous proposer une « nouvelle » auteure islandaise? La maison d’édition qui édite déjà Arnaldur Indridason, Arni Thorarinsson, Steinar Bragi ou encore Eirikur Örn Norddahl que je n’ai pas encore eu le plaisir de découvrir, a encore frappé! Et cette fois, c’est une femme qui est mise à l’honneur!

Lilja Sigurdardottir est une auteur islandaise de théâtre, et Piégée est le premier livre de sa trilogie Reykjavik Noir. L’occasion pour moi de retourner encore une fois le temps de 330 pages sur ce petit bout de caillou perdu au milieu de l’Atlantique nord.

Sortez les doudounes, bonnets, les moufles, repoudrez-vous le nez (ah ah ah! les lecteurs de Piégée comprendront la mauvaise blague) et c’est parti pour l’Islande!

L’histoire

Sonja est une jeune mère de famille, fraîchement séparée de son mari après que ce dernier l’ai retrouvée au lit avec quelqu’un d’autre que lui. Son couple ayant volé en éclat, elle se retrouve à vivre dans un petit logement de Reykjavik, seule, car son mari a exigé la garde de leur fils. Pour survivre dans cette Islande touchée de plein fouet par la crise, elle devient une mule (une passeuse) de drogue. Elle effectue des vols réguliers entre le continent et l’Islande, à la demande des gros bras qui l’emploient. Son manège est bien rôdé, personne n’y voit que du feu, sauf Bragi, un douanier proche de la retraite qui travaille à l’aéroport de Keflavik et qui est intrigué par cette jolie jeune femme qu’il voit régulièrement. Et il a besoin de s’occuper, Bragi, depuis qu’il a placé sa femme atteinte d’Alzheimer dans une maison de retraite. En véritable détective amateur, il se donnera pour but de percer le mystère de cette élégante jeune femme qui traverse régulièrement l’aéroport, baladant sa petite valise derrière elle…

Un thriller de société

Si les thrillers islandais répondent presque toujours aux mêmes codes d’écriture, Lilja Sigurdardottir fait souffler ici un vent de fraîcheur, inscrivant son histoire dans un thème relativement peu abordé par les auteurs du pays : celui du trafic de drogues. Certes, Indridason et Thorarinsson évoquent régulièrement ce fléau dans leurs œuvres, mais je n’ai pas souvenir que l’un d’entre eux ait fait une focale aussi précise sur ce trafic. Ici, point de meurtres et d’enquête policière ou journalistique, on suit le parcours d’une jeune femme banale, tombée dans la poudre pour subvenir à ses besoins et dans le but unique d’avoir assez d’argent pour récupérer son fils et subvenir correctement à ses besoins.

S’il y a bien une caractéristique qui est quasiment systématiquement mise en avant dans les thrillers islandais des différents auteurs dont je vous ai parlé, c’est une certaine étude de la société islandaise. Cela est très certainement le résultat de leur isolement géographique, mais c’est un peuple qui aime profondément son pays, même s’ils répondent toujours présents pour fustiger les travers qui le gangrènent (drogue, milieu politique corrompu, etc).

L’action principale se déroule entre 2010 et 2011, en pleine période succédant la grosse crise de 2008 qui a plongé le pays dans un black-out financier quasi total, et en pleine période post-éruption de l’Eyjafjallajökull (vous savez, le volcan qui a fichu une sacrée pagaille dans l’espace aérien?) qui a recouvert de cendres une partie du sud de l’île.

Piégée est une immersion dans la vie de personnages qui doivent rendre des comptes à la justice après l’effondrement du système bancaire du pays. L’emploi se fait rare, l’argent aussi, et certains personnages doivent passer dans l’illégalité pour s’en sortir. Mais ne vous y trompez pas, ce livre est bel et bien un vrai thriller, avec son lot de sales types, de suspens et de rebondissements ! Ajoutez à ça un rythme d’action relativement intéressant, et vous obtiendrez une belle découverte!

Les relations au cœur du récit

Là où le livre est intéressant également, c’est que les sentiments sont au cœur de l’histoire, que ça nous donne un camaïeu de personnages attachants, et que ça nous implique émotionnellement parce qu’on a envie de les voir s’en sortir. On forme un tout avec eux, on plonge dans leur identité, on adhère à leur attitude, on va même jusqu’à les dédouaner des choses pas très catholiques qu’ils font pour s’en sortir…

Trois relations sont au cœur de l’histoire : celle de Bragi et sa femme, un couple très lié, que la maladie d’Alzheimer sépare de plus en plus… ça m’aurait presque arraché une larme à l’œil, ayant connu de près cette maladie, de voir tout ce que le vieil homme fait pour son épouse qui ne le reconnaît même plus… Il y a ensuite le lien entre Sonja est la personne qui partage sa vie depuis sa séparation avec son mari, un amour passionnel et charnel mais Ô combien compliqué. Il émane de cette relation une certaine sensualité, et je pense que le fait que l’auteure soit une femme n’est pas étranger à ce ressenti que nous avons. Et enfin il y a la relation mère-enfant développée autour de Sonja et son fils. On vit des retrouvailles fortes, bien que trop rares, entre ces deux personnes qui ont été séparés par un homme manipulateur. On vit la souffrance du jeune enfant lorsqu’il doit retourner chez son père, masquant ses larmes derrière un comportement de petit garçon modèle afin de ne pas énerver son paternel.

On assiste à certains moments très touchants de la vie de ce petit monde, sans pour autant tomber dans le pathos. Une véritable bouffée d’oxygène dans la violence des épreuves qu’ils ont à subir !

L’Islande

Impossible pour moi de parler d’un thriller islandais sans évoquer le pays… L’action se situe entre l’aéroport de Keflavik que je connais bien, et la ville de Reykjavik, avec quelques passages qui se situent dans les communes alentours et dans la campagne environnante. On découvre une capitale en plein hiver, quand le soleil commence à se faire rare (autre trait commun avec ses homologues islandais!) et j’ai aimé me retrouver dans ces rues et ces endroits que je connais.

Mention spéciale pour le passage qui se situe dans THE restaurant à ne pas manquer de la ville, le Seagreifinn, que tout voyageur se doit de découvrir! L’évocation de ce lieu m’aurait presque filé la larme à l’œil tant les souvenirs sont forts !

 

Le mot de la fin

J’ai vraiment bien accroché à ce livre, Lilja Sigurdardottir a réussi à faire quelque chose de nouveau dans le paysage littéraire islandais, elle parles des problèmes de sa société sans pour autant tomber dans une espèce de pamphlet long et ennuyeux. Et maintenant, je suis prête pour les deux tomes suivants moi!

Je remercie par ailleurs Camille et les Editions Métailié de m’avoir permis de découvrir cette auteure. Et d’ailleurs, les Editions Métailié, si vous en avez d’autres, des auteurs islandais, à nous faire découvrir et qui n’ont jamais été édités en France, les lecteurs voyageurs seront ravis de les découvrir! 🙂

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4 thoughts on “Piégée – Lilja Sigurdardottir”

  1. La rédaction de Femina en parle dans leur sélection spécial Polars de cette semaine !
    Il pourrait vraiment me plaire, je note le titre 🙂

    J'aime

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