Alexandra Coin, Edition Aconitum, Polar/thriller français, psychologique

Entraves – Alexandra Coin

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C’est avec une certaine appréhension que j’ai débuté ma lecture du deuxième livre d’Alexandra Coin, Entraves. Appréhension ressentie après la découverte de la 4è de couverture où j’ai tout de suite compris que le livre allait être compliqué pour moi, en raison du thème abordé dedans. Je ne me suis pas trompée, la lecture a été assez éprouvante…

L’histoire

Emma est une jeune femme banale et peu épanouie. Professeur de Lettres, elle croisera la route d’Illario, un homme charmant qui provoquera un coup de foudre chez Emma. Ils se marient au bout de quelques semaines seulement, à Venise. Comble du romantique ? pas tant que ça ! Le caractère d’Illario commence à se réveler, rapidement, avant même le mariage. Ne voulant garder que le positif de cette relation amoureuse naissance, Emma s’enfoncera dans une relation toxique, avec un homme violent, fainéant, menteur… De leur union naîtra Louise, une petite fille calme et très proche de sa maman. Jusqu’à la séparation, où tout bascule…

Un sujet d’actualité

Le thème principal abordé dans ce livre est celui du pervers narcissique, qui sévit au sein d’un couple. C’est la forme de perversion la plus connue, il en existe d’autre, notamment au sein d’une famille.

Entraves est un thriller psychologique dans la plus pure tradition. C’est un type de thriller que j’apprécie beaucoup car il nous implique émotionnellement, un peu trop parfois d’ailleurs, surtout quand on s’identifie aux personnages parce que le sujet nous touche ou qu’on a un passé commun avec un des situations décrites.

Il est question ici d’un bourreau et de sa victime, da la violence psychologique, et parfois physique et sexuelle, qu’il exerce sur elle. Il est question aussi d’un sentiment de culpabilité qui est distillé de manière insidieuse dans l’esprit d’une personne, ce sentiment qui vous pousse à douter de tout, de vous, de vos choix, de vos envies, de vos désirs, de votre comportement, de votre capacité à être une personne bien. Ce sentiment est exacerbé dans le personnage d’Emma, son tortionnaire annihile complètement sa capacité à réfléchir de manière objective sur sa condition d’épouse, réduite à être un simple pantin, une simple marionnette vampirisée par cet homme devenu comme ça en partie à cause de son éducation lorsqu’il était enfant. Cette violence psychologique, sans doute encore plus dévastatrice que la violence physique, va conduire Emma à faire une tentative de suicide, sorte d’appel à l’aide qui la conduira dans une unité de soins psychiatrique pendant une longue période. Il y a bien des moments de prises de conscience et de rébellion, mais le travail de sape moral est tellement conséquent que même en ayant conscience de ce qu’elles ont vécu, les victimes continuent malgré tout à douter, à se demander si finalement, elles ne sont pas coupables elles-mêmes d’avoir créé cette situation, se disant peut-être qu’elles l’ont bien cherché…

Alexandra Coin met l’accent sur un mal qui gangrène nos sociétés et qui est de plus en plus mis en avant par les médias. Pur phénomène de mode? Pas tant que ça… Longtemps passée sous silence par les victimes, la perversion narcissique détruit la personne qui en est victime. Le sentiment de culpabilité est exacerbé, le chemin pour comprendre que le problème ne vient pas de soi, mais de l’Autre, est très long et douloureux. Et quand les victimes s’en rendent compte, c’est un cataclysme et c’est toute leur vie qui bascule, toutes leurs certitudes, tout ce qu’elles pensaient connaître d’elles et de leur bourreau est balayé, c’est une profonde remise en question de tout ce qu’elles sont et il est nécessaire de réapprendre à vivre et à faire confiance. Quand elles ouvrent les yeux, à l’image d’Emma, elles se demandent comment elles ont pu être manipulées aussi longtemps. Le chemin de guérison est longue, nous le comprendrons lors des nombreux passages qui se déroulent dans le service psychiatrique dans lequel est internée Emma.

Question de style

Entraves est le premier livre que je lis d’Alexandra Coin et j’ai beaucoup apprécié son style d’écriture. Peu de choses sont cachées aux lecteurs, de par le récit que nous livre, à la première personne, Emma. Il n’y a cependant pas de surenchère dans l’horreur. Certaines scènes sont violentes, elles nous donnent parfois la nausée, nous glacent d’effroi, mais elles sont savamment dosées en nombre par l’auteure pour éviter de tomber dans le voyeurisme malsain qui n’aurait fait qu’accentuer un sentiment de malaise déjà bien présent durant toute notre lecture. L’auteure nous focalise plus sur les dégâts psychologiques subis par Emma plutôt que sur les scènes de violences sexuelles.

L’utilisation du « je » donne le sentiment d’une confession qu’elle nous ferait, nous prenant à témoin, comme si elle cherchait à se justifier auprès de nous, lecteurs. Peut-être pour nous prouver qu’elle n’est qu’une victime et se déculpabiliser de ce sentiment omniprésent en elle ? Après tout, Illario n’est peut-être pas un si mauvais mari et père que ça ?

Une alternance est faite entre plusieurs périodes, avec une majeure partie du récit qui se déroule au sein du service psy, alors qu’à d’autres moments nous assistons à des scènes de la vie courante du couple, parfois dans leur intimité la plus profonde. Ces flash-backs mettent en lumière le calvaire qu’endure Emma et nous fait comprendre ce qui l’a conduite à l’internement.

La tension narrative est très importante durant tout le livre, et les 233 pages glissent à la vitesse d’un éclair, on s’arrête parfois pour prendre un peu de recul, pour s’aérer l’esprit tant le sentiment de souffrance est étouffant.

Le mot de la fin

« Je n’ai pas pleuré, aucune larme. Pourtant, à l’intérieur, j’ai été noyée. »

[ Rebecca Donovan ]

 C’est ainsi que je conclurai cette lecture. Difficile mais Ô combien révélatrice de la blessure profonde subie par les victimes de PN.

Un thriller psychologique absolument magistral !

Je remercie à nouveau les Éditions Aconitum de me donner la chance de découvrir des thrillers de cette qualité…

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3 réflexions au sujet de “Entraves – Alexandra Coin”

  1. Je le note pour le lire à un moment où mon moral me permettra de faire face à ce sujet ô combien difficile qui ne m’est pas inconnu. C’est difficile de ne pas traiter ce genre de faits sans voyeurisme, j’ai hâte de le découvrir

    Aimé par 1 personne

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