Coup de coeur, Edition du Caïman, Français, Non classé

L’île des hommes déchus – Guillaume Audru

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Ça faisait un moment que j’avais prévu de lire ce livre, et puis le temps passe, et puis il y a toujours tout un tas de livre que je veux lire tout de suite, là, maintenant… Et puis un appel sur Facebook, l’auteur, Guillaume Audru, recherche quelques lecteurs pour partager quelques pages de son prochain livre. Je me porte évidemment volontaire, sauf qu’il faut avoir lu le livre précédent avant d’entamer la lecture d’une partie du manuscrit. Voilà chose faite! Le livre a été publié aux Editions du Caïman.

 

L’île des hommes déchus se déroule sur l’île écossaise de Stroma, habitée par quelques âmes constituant une paisible communauté sur ce petit bout de terre agité par le vent tempétueux et les embruns. Eddie, enfant du pays, revient ses les terres de son enfance suite à une proposition d’emploi de son père, Roy. Eddie accepte, il vient de raccrocher son uniforme de flic en ville et il semble un peu paumé, mais prêt à reprendre la boutique de souvenirs familiale. La relation entre le père et le fils est froide et tendue, inexistante avec sa mère qui est complètement effacée. La vie s’écoule paisiblement, jusqu’à la découverte d’ossements humains, qui semblent dater de plusieurs années, sur un chantier de construction. L’enquête est confiée à Moira, l’ancienne petite amie d’Eddie qui est également flic. C’est également pour elle un douloureux retour au pays, on comprend au fur et à mesure de la lecture quels drames ont fait d’elle la pestiférée qu’elle semble être aux yeux des insulaires. C’est donc dans un climat de haute tension que l’enquête est menée, jalonnée par des menaces incessantes des notables de la région et de leurs nombreuses tentatives de ralentir ou enterrer l’affaire.

Le décor est planté dès le début du livre, car dès la première page l’auteur a réussi à nous plonger en plein cœur de cette petite île balayée par les vents et un climat hostile grâce à des descriptions de paysages, mais aussi grâce à différents « clichés » que nous avons tous concernant l’Ecosse : la plupart des personnages boivent du whisky comme on boirait un soda, le bar local s’appelle le Puff In (le Puffin est un macareux, oiseau emblématique des pays du grand nord de l’Europe), le climat est rude, on traverse en même temps que les personnages des tourbières etc. (Mon âme de voyageuse crevait déjà d’envie d’aller en Ecosse avant ce livre, merci Guillaume, grâce à toi, j’ai commencé à regarder les prix des billets d’avion!) Un bon point donc, car je suis assez sensible à l’environnement dans les livres surtout quand ils se passent à l’étranger, j’adore voyager et j’ai décidé de partir découvrir certaines destinations grâce à mes livres.

Chaque changement de chapitre est l’occasion de passer la parole à un nouveau narrateur. Ainsi, nous aurons, tout au long du livre, le point de vue des principaux personnages. C’est assez rare de lire ce genre de construction mais j’ai beaucoup apprécié, la narration étant faite à la première personne, car cela permet de savoir exactement ce que ressent le personnage et comment il vit les événements. Ça permet aussi d’en aimer ou d’en détester un en connaissance de cause et sans se laisser influencer par le jugement du narrateur.

Concernant l’histoire en elle-même, nous sommes dans un vaste huis-clos, celui d’une population insulaire qui vit en vase clos en petite communauté. Tout le monde se connaît, tout le monde s’est vu grandir, vieillir, partir, revenir au pays. Cette terre que certains ont fui pour s’échapper d’un quotidien trop routinier, ou d’un quotidien trop difficile, pris dans l’étau de nombreuses personnes qui font figures d’autorités et qui se bornent à essayer de diligenter la vie du village, des fidèles et de leur entourage : autorité politique avec le maire, qui n’est autre que Roy le père d’Eddie, autorité religieuse avec le prêtre, autorité paternelle avec Roy et le père de Moira…

On comprend alors que le retour au pays des deux flics se fait dans la douleur et avec contrainte. Eddie fuit quelque chose, certainement ce qui lui a fait arrêter son métier, on se demandera alors ce qui a bien pu se passer pour qu’il accepte de revenir sur cette île au milieu de nulle part, plus de dix ans après l’avoir quittée. C’est l’occasion pour nous lecteurs de découvrir les blessures ou drames de leur passé, de comprendre petit à petit ce qui a fait d’eux des personnalités fortes ou taciturnes. Les vieilles rancœurs sont ravivées, on a l’impression que de nombreux habitants cachent des choses, des secrets de famille que personne n’a intérêt à voir surgir du passé. Ça se fait dans la violence, violence verbale à l’encontre de Moira, menaces physiques, pressions des différentes figures d’autorité pour faire cesser l’enquête.

 

L’écriture de Guillaume Audru est entraînante, j’ai été captivée par ce livre même s’il n’y a pas un mort à chaque chapitre comme j’aime habituellement dans mes lectures. J’aime beaucoup le principe du huis-clos, on se doute que le coupable n’est pas quelqu’un d’extérieur, on s’amuse à soupçonner les personnages les uns après les autres et on se prend quand même le dénouement final en pleine tête sans avoir imaginé un seul instant la réalité. Tous les mystères de la vie des habitants de l’île ne sont pas encore résolus, j’ai hâte d’avoir la suite, qui est actuellement en préparation, pour pouvoir continuer le temps de quelques centaines, ma vie de lectrice sur l’île de Stroma.

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